Chloé MAZZANI et Bulat SHARIPOV Résidence du 1er au 12 juin
Bulat Sharipov et Chloé Mazzani, duo formé au sein du collectif MITR, étaient en résidence pour poursuivre le travail amorcé dans lecadre du Labo Plastique avec le Bureau des guides – GR2013, une exploration sensible et scientifique de l’étang de Berre, qui cherche aujourd’hui son équilibre fragile. Continuant ainsi leur collaboration avec Sylvain Rigaud, biogéochimiste aquatique à l’Université de Nîmes, pour observer les mondes benthiques de l’étang. À partir de ses recherches, ils ont choisi un site fortement concentré en PVC, où la vie continue à persister et à se transformer. Ils travaillent à partir de carottes de sédiment prélevées au fond de l’étang, où chaque centimètre raconte une époque. Cette résidence a donnée une proposition en deux volets. D’abord une balade sensible le long des rives (écoute collective des sons cachés de l’étang et collecte d’échantillons). Ensuite une performance/installation vidéo participative : les échantillons de l’étang grossis au microscope et projetés en grand, comme des paysages sous-marins inédits. Nous les mettons en jeu comme on lirait des signes, et ensemble nous tenterons d’imaginer les futurs possibles de l’étang.
Le projet concerne la réalisation d’un travail d’auteur photographe visant à livrer une série sensible de représentation des villes nouvelles de l’étang de Berre : Istres, Miramas, Vitrolles, Martigues… Il s’est agi de rendre compte de formes d’urbanisation « datées » mais ayant un potentiel important pour s’inscrire dans des stratégies de résilience territoriale. Les enjeux de l’habitabilité et des usages se sont placés au centre du projet photographique, de ce qu’il cherche à décrypter. La marche était l’unique moyen de déplacement sur des tronçons de 15 à 20 km par jour, et les prises de vues réalisées sur des tronçons cartographié en amont ont laissé place à une grande liberté de découverte in situ. J’ai utilisé à cette occasion des pellicules argentiques 35 mm noir et blanc et des pellicules moyen format couleur ; des objectifs à focale fixe de 50 mm ou équivalent.
Le travail de préparation a pris appui sur les travaux de recherche de René Borruey et plus particulièrement sur ses publications relatives aux formes urbaines des rives de l’étang de Berre.
Depuis une quinzaine d’années, mon travail questionne la relation de l’homme à la nature et aux paysages. Aujourd’hui la crise environnementale nous conduit inévitablement à nous interroger sur notre façon d’habiter la terre.
Depuis 2019, j’ai été régulièrement invité par le Bureau des guides à porter mon regard et à documenter leurs différents projets artistiques autour de l’étang de Berre, notamment en prenant part à l’expédition scientifique et artistique Pamparigouste*. Ces différentes expériences vécues m’ont donné envie de poursuivre mon exploration de notre relation au paysage et à la nature, en prenant appui sur ce lieu fascinant.
Avec ce nouveau projet Rives (titre provisoire), je souhaite esquisser le portrait paysager de la deuxième plus grande lagune d’Europe, l’étang de Berre, où se confondent des paysages naturels et anthropiques d’une manière qui n’a pas d’équivalent en France.
L’étang de Berre est un territoire de contrastes où cohabitent des industries lourdes (notamment pétrolifères), des zones urbanisées et une richesse écologique malmenée. Ici nature, industries et culture s’entremêlent de manière brutale dans un milieu lagunaire fragile. Une zone de frottements imprévisibles, un terrain d’étude privilégié pour appréhender la question des milieux au temps de l’anthropocène.
Afin de mieux appréhender et représenter cet étang, je souhaite l’explorer sous deux axes qui partageront le même socle, ses rives.
1 – Une exploration photographique paysagère et sonore sur les rives de l’étang, à travers des marches immersives. Ces marches me permettront d’aller à la rencontre de ce qui fait paysage dans ce lieu, notamment les espèces végétales et animales qui cohabitent dans cet espace mais aussi la présence anthropique forte (usines, centrale électrique, bâtiments, torchères, pipelines). Cette partie sera réalisée en argentique. Je profiterai de ces temps de marche pour enregistrer les sons très spécifiques qui peuplent ces rives, eux aussi multiples et hybrides (bruits de torchères, chants d’oiseaux, présences humaines, avions …).
2 – Une archéologie des objets échoués sur les rives de l’étang. À travers les marches, je photographierai les objets collectés et en dresserai un inventaire poétique. Photographies réalisées in situ sur fond uni (voir illustrations ci-joint) : objets, jouets, déchets plastiques, fossiles, bois flottants, y formeront les témoins symboliques de ces milieux hybrides où il est parfois difficile de discerner la nature même de ces traces entre artefacts ou éléments naturels. Le but ici n’est pas de dresser un inventaire complet de tous les déchets rencontrés mais d’évoquer leur familiarité avec nos histoires communes, leur étrangeté, et de rendre visible leur présence sur les rives. Cette partie sera réalisée en photographie numérique pour des questions de facilité et d’économie.
L’association par ce passage, infranchi avec la Ville de Martigues vous invitent à découvrir les réalisations des artistes en résidences 2025 au cours d’une projection multimédia
Seront présent lors de cette présentation, Brigitte PALAGGI et Olivier DOMERG, photographe et poète. Ainsi que Margaux SIRVEN réalisatrice. Il donnerons une restitution à travers lectures et projection photographique de leur résidence 2025.
Jean-Gabriel LOPEZ Résidence du 27 juin au 08 juillet
Proposition de projet : Étude des interactions du soleil autour du Tétrodon
Ce projet vise à mettre en lumière les interactions entre le Tétrodon et les cycles solaires, en révélant à la fois des aspects invisibles du lieu et en proposant une interprétation poétique de son environnement. L’architecture du Tétrodon, que je perçois comme une sorte de « vaisseau spatial au bord d’un étang » en mission d’observation, se prête idéalement à ce.e approche, dans une quête d’échange entre l’humain, le bâti et le cosmos (l’espace).
À travers ce travail, je souhaite proposer un dialogue entre l’art, la science et le patrimoine architectural que représente le Tétrodon. Le projet s’inscrit dans une continuité, tout en explorant un territoire nouveau pour ma pratique artistique.
Cette résidence artistique au Tétrodon de Martigues m’offre l’occasion d’une nouvelle exploration photographique et scientifique du soleil. Le site du Tétrodon, avec son architecture iconique et son environnement littoral, offre une opportunité intéressante pour poursuivre et approfondir mes recherches artistiques sur la lumière, le temps et leur interaction avec le paysage.
Mon travail s’inscrit dans une démarche d’exploration à travers une série d’expérimentations photographiques au sténopé, centrées sur la capture de la trajectoire et de la présence du soleil. Ce projet, qui évolue depuis plusieurs années, mêle la photographie et la science.
Plusieurs types d’explorations sont abordées dans mes travaux précédents :
Les Solartypes : enregistrements de la trajectoire du soleil sur une période prolongée, révélant la courbe saisonnière de l’astre dans le ciel et le paysage. Les Héliographies au sténopé : capta5on photographique en longue exposi5on de la lumière solaire dans des environnements naturels
Le projet consistera à explorer les liens entre le soleil, le Tétrodon et son paysage environnant à travers plusieurs médiums photographiques :
Solargraphie sur site : Installation de caméras sténopé sur et autour du Tétrodon pour enregistrer les trajectoires solaires sur une période définie.
Photographies sténopé: Captures de la lumière solaire au bord de l’étang ou en dialogue direct avec l’architecture du Tétrodon, poursuivant ainsi ma série Héliographie. Période optimale et besoins techniques Ce projet nécessite une période de résidence coïncidant avec un maximum d’ensoleillement et d’intensité UV, idéalement entre avril et septembre. Cette période permettrait d’exploiter pleinement la lumière naturelle pour les longues expositions et les expérimentations photographiques.
Durée : à discuter installations et retrait des sténopé (solargraphies) tout en laissant place à des expérimentations ponctuelles (Héligraphies).
Besoins techniques : un espace de travail ainsi que la possibilité d’installer des caméras (boites pour solargraphies) sur le site (avec des autorisations si nécessaire).
Jean-Gabriel Lopez représenté par la Galerie SITDOWN Paris. Né à Brioude en 1962. Vit et travaille à Paris. Issu d’une formation scientifique, Jean-Gabriel Lopez a étudié les arts plastiques à l’Université Paris VIII avant d’obtenir son diplôme de l’Institut National du Patrimoine. Il a été pensionnaire à la Villa Médicis. (Rome). Son intérêt pour la connexion entre les images et la science se manifeste à la fois dans son travail artistique et dans son travail d’expert pour la préservation du patrimoine photographique public ou privé. Il enseigne à l’Institut National du Patrimoine ainsi qu’à l’École Nationale Supérieure Louis Lumière. Ses oeuvres sont présentes dans les collections publiques et privées.
Cette résidence repose sur une création participative auprès des habitant.e.s. de la ville de Martigues. Je réfléchis à une pièce sonore qui pourrait être écoutée aux abords de l’étang. qui contiendrait l’imaginaire des martégaux. j’aime prendre pour point de départ des rencontres sur place et rendre visibles ainsi des points de vue qui souvent nous échappent ! La résidence serait l’occasion d’ouvrir ponctuellement le tétrodon, en en faisant un studio d’enregistrement temporaire. D’autre part, à l’issue de cette recherche-création, je souhaiterais proposer une forme de restitution en espace public, aux abords de l’étang sous la forme d’écoutes de montages sonores issus de cette collecte d’imaginaires. Un partenariat avec la médiathèque de Martigues (aussi pour « des nuées ») pourrait être développé… et relayer les récits oraux collectés…
Une première phase consistera à adapter ma proposition au site et à la présence, et l’occupation des lieux au Tétrodon par les habitant.e.s. Marianne Villiere 2024
Maianne Villière-Le rendez-vous pour écoute publiqueReprésentation de Salty Record sur la plage de FerrièreÉcoute publique de Salty Record. Une création de Marianne VillièreÉcoute publique de Salty Recordde Marianne VillièreMarianne Villière-Sur le chemin de Salty Record
Brigitte PALAGGI et Olivier DOMERG Résidence du 29 mars au 13 avril
Premiers éléments de résidence pour l’auteur et sa compagne photographe que nous livrons ici en préambule à leurs extraits de séjour au Tétrodon qui paraîtront bientôt…
Introduction à l’étang : textes extraits de Onze tableaux sauvés du zoo (éd : l’Atelier de l’Agneau)
Depuis 2023 Le Bureau des guides du GR2013, le GIPREB, les universités de Montpellier et de Nîmes ainsi que l’IECP se sont associés pour mener une recherche action autour de la place du plastique dans l’étang de Berre.
Avec une recherche scientifique sur les microplastiques dans l’eau et les plages incluant un protocole de sciences participatives, une recherche sociologique et des recherches artistiques, la Laboratoire Plastique de Pamparigouste prolonge une expérience originale menée depuis 2019 autour de l’émergence d’un récit collectif de la résilience de l’étang.
Pour la dernière année du programme, le Laboratoire Plastique a accueilli en résidence* l’écrivaine Fanny Taillandier.
Autrice de romans basés sur des enquêtes territoriales (notamment DELTA, qui explore le delta du Rhône entre Camargue et zone industrialo-portuaire), elle était invité à plonger dans les récits de l’étang de Berre collectés au fil des divers voyages de Pamparigouste.
Voici un extrait de son texte ‘Berre FT’ et l’entièreté ci-dessous en .pdf
…. »Par exemple, si tu es un.e Celto-Ligure il y a 25 siècles, tu choisis la palourde sans hésiter. Tu cueilles ta palourde, tes palourdes, avec des moules, des coquillages, tu en prends un plein panier de canne tressée que tu as fabriqué l’hiver dernier, et tu remontes te faire un festin sur la cuesta de Vitrolles ou au Castellan, du côté d’Istres (mais dans ta langue tu ne dis pas Istres, ni Vitrolles), et tu bénis la vie et la nature fertiles comme une mère, MATRON dans le texte, gravé dans la roche en alphabet grec, profondément. Tu te casses le ventre avec les palourdes, et tu en échanges quand tu n’as plus faim contre des amphores marseillaises, des amphores dans lesquelles il y a du vin ou de l’huile, et tu bois le vin et l’huile après t’être repu.e de coquillages. La vie est belle. Tu n’en as rien à secouer du pétrole, d’ailleurs tu sais à peine que ça existe. Ça ne fait pas partie des choses bonnes que matrone nature t’offre à pleines mains. Tu bois l’eau pure qui coule des roches à Saint-Blaise et tu contemples l’immense lagune qui reflète le ciel. C’est aussi ça la question: est-ce que tu regardes le ciel ou l’eau? En fonction, ça change radicalement ton approche de la palourde. Et du pétrole. »….
*Résidence portée par le Bureau des guides dans le cadre du Laboratoire Plastique de Pamparigouste, en partenariat avec la Marelle et l’association PCPI.
Le laboratoire plastique est une recherche-action co-portée avec également le GIPREB, le laboratoire de Chrome de l’Université de Nîmes, L’institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, l’INRAE Montpellier, en partenariat avec les communes, les associations et les bases nautiques riveraines.
Le fait de revenir à la même période un an après, d’avoir une familiarité avec le lieu, a permis de reprendre les recherches et de les approfondir, de les affiner. Toutes les pratiques avancent de concert, se font échos, travaillent ensemble. Quelque chose se dessine toujours en lien avec ce qu’est la lumière et comment le Tétrodon, boîte aux ouvertures multiples, provoque et augmente le paysage duquel il fait partie, révélant sa nature d’objet qui articule plusieurs champs, en plus d’être une structure architecturale remarquable. »
Durant ces huit jours il a été suivi plusieurs fils. 1 ) Avancée de la transformation du Tétrodon en camera obscura (qui avait commencé avec Viser en octobre 2023) : multiplication des orifices, jeu entre les orifices de la structure même et ceux ouverts dans les surfaces occultantes. 2) Images et vidéos des projections créées par ces orifices, soit sur surface mobile, soit sur les parois du Tétrodon même. 3) Continuation de la série « bouteille et lego » sur la terrasse en bois le matin sous forme de triptyques quotidien (Polaroïds). 4) Exploration des images prises à travers des filtres en verre (iphone et Polaroïds). 5) Travail de prise de vues en pola noir et blanc d’éléments agencés avec la structure du Tétrodon en extérieur. 5) Écriture d’un texte sur machine à écrire, en lien avec les phénomènes perçus tout le long de la semaine. 6) Travail sur le son avec la transmission en direct par streaming, de manière aléatoire dans la semaine (sons extérieurs et intérieurs au Tétrodon), avec un moment de performance / lecture le dimanche 27 durant une heure.
1) camera obscura1) camera obscura
2) structure et images et images et vidéos des projections créées par ces orifices, soit sur surface mobile, soit sur les parois du Tétrodon même.
VISER Le Tétrodon, module à destination de logement ouvrier se déplace, se transforme, fait peau neuve. Entre prototype et lieu d’expérimentation, la bascule s’opère. VISER propose de faire du Tétrodon un appareil à vues, une machine optique, une lunette de visée, une camera obscura, un sténopé échelle 1/1. À partir du module, de son espace intérieur, comment projeter le regard vers l’extérieur et inviter le paysage à l’intérieur. Qu’est-ce qui se joue à l’endroit même des ouvertures, avec le jeu et de déplacement des ombres et lumières, les projections, les reflets… Une tension de surface, une membrane fait filtre, tamis, entre l’espace intérieur et l’espace extérieur : le paysage rentre, le regard sort. Autant de cadrages à inventer dans le mouvement du corps. Chaque espace, et partant chaque moment, chaque durée, peut devenir poste d’observation, de guet, d’affût, de lenteur. Être dedans et regarder le dehors à partir de l’espace intérieur du Tétrodon. Viser. Aussi, faire du module Tétrodon un point central, un axe, un moyeu, un pivot autour et à partir duquel circuler, explorer, tirer des lignes, parcourir les chemins possible, l’avoir toujours à vue, pour en faire apparaître le bassin versant. Le Tétrodon, un thalweg ? Ces deux mouvement, en apparence opposés et symétriques, risquent, en faisant du Tétrodon leur cheville ouvrière, de renverser le paysage.
Atelier : repérage du BV (bassin versant). Milieu du temps de résidence. Restitution : traverser le Tétrodon. Dernier jour de résidence. Traces : un carnet des fenêtres. Une semaine après la résidence.
Esther SALMONA est poétrice. Elle écrit sur ce que fait la perception au langage et à l’écriture. En avançant à partir du visage, de la voix, du corps, du paysage, des images, de leurs écarts, leurs silences ; à partir d’un je qui n’en est pas un, se déplaçant sans cesse : ajustements, focales, flous, précision, plans successifs, traversées par la bande. Parmi ses outils, filtres, leviers : la transduction, l’évidance1, la spectroralité2. Ses activités, ateliers, pratiques sonores et d’image, publications en revue papier et numériques 3, dans des ouvrages collectifs et de livres (Quads, les éditions précipitées 2012, Amenées, Éric Pesty éditeur, 2017) témoignent de cette recherche. Elle enseigne à l’École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles depuis 2007 et organise des ateliers d’écriture en déplacement, dans des cadres et avec des publics hétérogènes.
1 https://remue.net/Esther-Salmona-evidance 2 https://spectroralites.blogspot.com 3 RoTor, KaZak, Revue Laura, D’ici là, Les cahiers de Benjy, Fond Commun, CCP, 17 secondes, fig., SILLO, Ce qui secret, PLI, l’Air Nu, Teste, Muscle, Chimères, C.O.I., Nioques…
Projet en cours : PZ, station mobile d’écriture d’écoute, avec Acoustic Commons et Locus Sonus.
Des mots et des sons, émission de juin 2021 sur Fréquence Mistral. Article de Céline Minard sur Amenées dans Le Monde des Livres, novembre 2017.