Une lecture de Mohamadou NDOYE

Nous

 

Fabienne, de  Port-Bou

Yves, de Plomanac’h

Ahmed, de Djijel

Hamidou, de Port-Gentil

Juan, de  Bilbao

Aldo, de Syracuse

Nous autres

Oui

Nous autres

Il fut un temps

Un autre temps

Où nous fumes

Oui

Où nous fûmes

marins

 

Gens de voiles  et de  cordes

De  mâts et d ‘écoutilles,

 

C’était alors  le temp

Oui

Le temps

Du  chicaner  le vent,

Notre refrain, crié à voix claire et sonore

Par’r’ à  mâter

Par’ r’à virer

Pa’r’à lofer

P’ar’à abattre

Barre dessous...toute

B’orde la voile

C’hoque l’écoute

 

Ne craignant ni Dieu ni Diable

Campés ferme à la proue du vaisseau

Agrippés aux agrès

Défiant avec des rires déments

Dans la lumière crépusculaire

La fureur aveugle

Des  merry men provocants

Leurs assauts échevelés

Leurs mugissements

De Leviathan en fureur

Voilés d’ombres funèbres

 

 

Et maintenant,

A ce jour,

A ce jour d’aujourd’hui

Retour des îles Sous le Vent

Depuis quelques vingt lunaisons

Damnés,

Oui

Nous sommes devenus

Damnés

Gens de cendre

Rejettés   de ce monde

En quarantaine

Impitoyable

Cendre et enfer!

Dans cet espace

Clos sur lui-même

Somnanbules

En état d’hibernation

Notre seule accès à  liberté,

Ce chemin

En côte raide

Escarpé

Caillouteux

Raboteux

Poussiéreux

Où tous les jours,

Oui,

tous les jours

Sur le calcaire qui s’effrite

Nos silhouettes

Affamées

Efflanquées

Décharnées

Mais

Epaules

Redressées

Et vaillants

Du jarret

Font encore

Résonner

Avec force

Nos pas sonores,

Balancé d’une marche

Devenue rebelle

Lieu de passage

Jusqu’à la ligne

D’horizon Infinie

Qui libère notre vision

D’où s’envole vers l’azur

Le bel  stryeophane à crêtes

Emportant dans ses serres

Puissantes

Nos cris de liberté

Tiamara, tiamara

Appris là-bas

                  

 

Dans les îles  Sous-le-Vent Vent

Nos îles vagabondes

Envoûtés  par

Nos beautés païennes

De rencontres éphémères

De leurs corps androgynes

Nos beautés exotiques

Nos beautés érotiques

Nos beautés frénétiques

Et nous nous souvenons

Alors

Oui, nous nous souvenons

A l’abri des grandes palmes courbées

Sur le sable chaud

Des plages alanguies

Sous les regards complices

De leurs Dieux factices

Qui ont noms

Opouamanné

Oenamoe

Opi-Pataï

Onokou

Oetanaou

Fati-Aïtapou

aux sons

du cri aigre

Du phaéton des Paum

De nos caresses fièvreuses

De leurs bouches licencieuses

De nos soupirs fébriles

Au contact de leurs

Sexes corail

Enivrés d’odeur et

D’alcool  parfumé

De ces défuntes beautés

De leurs corps renversées

De leurs chants florilèges

De leurs danses sortilèges

Brasier de  jouissance

Te umu ti,te umu ti

No te raa i te vaï

No té e malinié… Aué

Là-bas

Oui, là-bas où

Tout n’est que calme, luxe et volupté

 

Cependant, ne dis jamais

Non

Surtout, ne le dis jamais

Ce mot,

ce mot terrible

Que tu es arrivé,

Que tu poses ton sac

Car, partout et toujours

Tu es,

Oui,

Tu seras toujours

Un Nomade,

Oui,

Un Nomade

De passage sur cette terre

Et aie toujours en tête

Ce poème chanté par les Maures

Eux aussi autres  nomades

 

 

Fous sont les poltrons qui craignent les morts

La mort qui ne vient jamais qu’à l’heure écrite.

Pour les braves et pour les Peureux

Folie, folie d’espérer l’oubli du destin !

 

Gaëtan Viaris de Lesegno  Septembre 2003