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"METAMORFOS ", un texte de Xavier MOIROUX


Fos, Faust, Fosse, Phocée, pourquoi ce doux nom de Fos contient-il une telle charge poétique ? Comment cette cité industrielle fantôme au milieu des roseaux, ce grand port à l’état de mythe, cette Camargue industrielle s’est-elle incidemment transformée en une source d’inspiration et d’investigation artistique ?
Sans doute faudrait-il d’abord dire les paysages de Fos, le vaisseau fantôme fumant d’Arcelor-Mittal au milieu de la Camargue, mais aussi ce golfe si fréquenté où se croisent supertankers, grands porte-conteneurs et véliplanchistes, et ses villes de Port-de-Bouc ou de Port Saint Louis qui ferment le ban du mirage fosséen. Fos n’offre pas le même visage selon que l’on vient de l’est ou de l’ouest : à l’est, l’industrie est déjà là et le voyage se conclut dans une apothéose industrielle, s’il n’y avait déjà remontant le Rhône, les promesses de la Camargue. C’est la conquête de l’ouest (*). Quand on vient de l’ouest en revanche c’est ce monde des taureaux, des chevaux, des flamants roses que l’on quitte, après être monté sur le bac. Le contraste est alors saisissant, comme une métaphore entre le paradis et l‘enfer crachant ses fumées noires, un pays du mordor au fin fond du midi. Et si l’on frôle Fos par le nord, de gare de triage en plate-forme logistique, en traversant ses villes-champignons comme peut l’être Istres ou d’autres, on se dit qu’au-delà des éoliennes se dessine un monde à part, une cité industrialo portuaire les pieds dans l’eau dont on se demande encore si elle est d’hier ou d’aujourd’hui. Mais il y a pire contraste encore, avec ce village de Fos, dont on saisit qu’il eut une longue histoire médiévale avant d’être réinventé par l’ère industrielle. Ces usines, ces éoliennes, dans ce no man‘s land naturel, tout intrigue dans ce paysage, un sentiment d’inachèvement pour cette « Rotterdam du Sud ». Pour qui a vu Rotterdam, le sentiment d’inachèvement, de vide, d’espace à remplir, comme le tonneau des Danaïdes, est saisissant. Et l’on sent bien d’ailleurs qu’à l’inverse de Rotterdam la nature n’a pas dit son dernier mot. Car Fos est un mythe à mettre en scène....

Autrefois (il y a trente ans) le premier livre sur Fos s’appelait déjà « la damnation de Fos » en référence au célèbre opéra. Si Fos est un mot magique, il incarne aussi l’idée d’un territoire damné, celui d’un rêve industriel jamais atteint, une utopie industrialo-gaulliste (200000 emplois-500000 habitants prévus !) qui vint se casser les dents sur la crise pétrolière de 1973, mais aussi sur la fin d’une économie menée par l’industrie lourde et les pôles de croissance, dont la sidérurgie fut emblématique. Une utopie prométhéenne qui fut aussi un rêve de géopolitique industrielle, un rêve de grand Delta rhodanien, un rêve méditerranéen.
Et l’auteur de décrire par le menu cette mythologie faustienne : « Fos désert et marais, incarne l’arriération totale, le non-développement primitif… La plaine phocéenne sera le lieu d’expérimentation de la société future, une cité idéale conquise sur le désert et gagnée sur les eaux… » . Nous n’étions donc pas si loin de la réalité… ! (*)


Un mythe métropolitain
Mais Fos fut aussi un rêve de métropole, une métropole d’équilibre de trois millions d’habitants, concurrençant Milan et Barcelone, une métropole multipolaire avec un « schéma de développement de l’aire métropolitaine marseillaise (SDAAM) », avec un port industriel commandé par Marseille centre directionnel de la métropole. Avec une ville nouvelle émergeant du néant qui eut pu aussi se prêter à toutes les utopies urbaines, autour de cette matrice fantasmatique qu’est l’étang de Berre. Une métropole marseillaise recentrée autour de l’axe rhodanien, promesse géométrique enfin exaucée d’un grand sud-est parfait, triangle ouvert à tous les rêves techniques. Mais qui sont-ils, au final, ces hommes nouveaux mélange de lorrains et de méridionaux qui viennent pêcher à la ligne tout près du
futur terminal méthanier ? À quoi rêvent-ils ? Il faut leur demander.


Un mythe portuaire
Reste la fonction portuaire, le mythe par excellence, et l’on sent bien, à regarder ces rails vides de trains que le compte n’y est pas encore, et que si Fos est bien le troisième port mondial d’hydrocarbures et c’est déjà pas si mal, il demeure le 17ème port à conteneurs européen, et qu’au fond de la méditerranée, des ports ex-nihilo s’inventent tous les ans, prélevant sur l’axe Asie Amérique leur dîme en conteneurs pour ne laisser au port le plus central de l’arc latin et ses dix mille hectares de terres a conquérir qu’un petit million de conteneurs annuel. Mais le futur est bientôt là et Fos se couvre de projets de nouveaux terminaux à conteneurs, Fos 2, 3, 4 XL qui basculeront instantanément dans le monde hypermobile de demain leurs caisses si mystérieuses et rectilignes sur des trains ou des barges en
partance pour l’Europe du nord, et viendront alors narguer son range portuaire saturé, à coup de nouveau canal ou de je ne sais quelle autoroute ferroviaire.


Du mythe à la réalité
Mais que signifie Fos aujourd’hui ? Que sera Fos dans le futur ? Quel territoire inventeront ses habitants ? Oui Fos interroge les artistes : Ils veulent revisiter ses mythes, son passé, son présent et son avenir. Un nouvel opéra est en train de s’écrire…

(le document pdf)


Xavier MOIROUX, économiste est président de l’Association «par ce passage, infranchi…